Une discussion avec Luciano Del Negro, vice-président pour la région du Québec et David Ouellette, directeur associé des affaires publiques pour le Québec.
Tikun Olam (TO) : Pouvez-vous nous en dire davantage sur la réorganisation qui a eu lieu parmi les organismes de représentation et de soutien des Juifs et d’Israёl au Canada.
Luciano Del Negro (LDN) : La raison derrière la réorganisation des agences pour la représentation au Canada est d’offrir à l’ensemble des organismes de la communauté juive un seul point de chute pour gérer les questions liées à la représentation. Auparavant, différents organismes s’occupaient de segments bien précis de la défense des droits, ce qui occasionnait un chevauchement de compétences.
David Ouellette (DO) : Il y avait des limites artificielles entre les mandats des différents organismes de représentation, en particulier entre le Congrès juif canadien et le Comité Canada-Israёl. À l’instar de plusieurs autres communautés juives dans le monde, nous sentions que l’antisémitisme s’était transformé en des sentiments anti-Israël et que la ligne entre les deux était devenue floue. Nous avions la tâche difficile de faire la distinction entre les deux. En fait, la rhétorique antisioniste radicale reprend les thématiques traditionnelles du discours antisémite, mais vise l’État d’Israёl plutôt que les Juifs en tant que peuple.
LDN : Par le passé, l’antisémitisme a été représenté de façon à ce point toxique qu’aujourd’hui, les opposants à Israёl et à la communauté juive, qui sont plus subtils, doivent formuler leurs propos de façon à ce qu’ils ne soient pas perçus comme antisémites. Ces personnes disent apprécier la communauté juive, mais avoir un problème avec Israël. Le problème est qu’Israёl est devenu le Juif parmi les nations.
La réorganisation nous permet de rassembler les nombreuses ressources que possédaient les différents organismes indépendants. Par le passé, même si nous coopérions, des barrières artificielles entravaient la collaboration entre les professionnels. Désormais regroupées, nos ressources humaines se sont vu attribuer un mandat bien précis. Par le fait même, les organismes profitent d’une approche unie et d’une capacité à intervenir rapidement et efficacement sur les questions qui préoccupent la communauté. Le mandat du Centre est d’agir dans le meilleur intérêt de la communauté juive organisée, de représenter cette dernière et de se prononcer sur tous les sujets qui, d’une manière ou d’une autre, touchent la communauté à l’échelon national, au Canada ou au Québec.
TO : Est-ce que la réorganisation a des conséquences sur la représentation du Québec et de la communauté juive locale?
DO : Le leadership bénévole du Québec a activement participé au processus de réorganisation et est bien représenté dans la gouvernance du nouveau Centre consultatif des relations juives et israéliennes. Le Centre compte même un vice-président pour le Québec, ce qui démontre l’importance accordée aux défis qui sont propres à cette province. Nous avons tous les outils nécessaires pour traiter ces défis convenablement et pour adapter les politiques nationales aux réalités québécoises.
LDN : Je crois aussi qu’il y a une conscientisation par rapport au fait que nous devons répondre de façon proactive en concertation avec la Fédération CJA. Grâce à la nouvelle stratégie de partenariats locaux, la présente structure nous rapproche de la Fédération.
DO : La stratégie des partenariats locaux donne du pouvoir aux diverses Fédérations du pays en ce qui a trait à la représentation. C’était d’ailleurs l’un des buts de la restructuration, c’est-à-dire de donner plus de pouvoir aux communautés locales pour qu’elles puissent se faire entendre à la table de concertation et qu’elles puissent répondre aux besoins de leur région rapidement et efficacement.
TO : Quels sont les problèmes actuels?
LDN : Le premier problème est la tentative des Palestiniens d’obtenir le statut d’état sans accepter ou reconnaître Israёl en tant qu’état juif et sans accepter une résolution finale du conflit.
DO : L’un des principaux défis en ce qui concerne la représentation à l’égard d’Israёl est l’opinion arrêtée de la population qui, à cause des médias, croit qu’Israёl fait preuve de mauvaise foi dans les négociations et refuse d’en venir à une entente. Par contre, le passé montre que lorsque les Israéliens ont traité avec des partenaires sérieux et de bonne foi comme l’Égypte et la Jordanie, la paix a été possible. Israёl a démontré à plusieurs reprises qu’il était prêt à renoncer à des territoires pour rétablir la paix. Le conflit a toujours été à propos de l’existence d’un état juif, et non à propos de la non-existence d’un état palestinien.
TO : Vous dites que les médias déforment la situation. Qu’est-ce que le Centre fait alors pour défendre la position d’Israёl?
LDN : Nous faisons plusieurs choses. Avant tout, nous analysons la couverture médiatique. Nous pouvons seulement nous opposer à la couverture subjective de concert avec un média responsable. Par exemple, la CBC a démontré qu’elle était injuste et partiale dans ses reportages et malheureusement, nous avons dû déposer plusieurs plaintes devant l’ombudsman. De plus, avec l’arrivée de Facebook, de Twitter et des blogues sur le Web, le système de communication a subi d’incroyables transformations : tout a un aspect public. Nous pouvons donc sensibiliser les gens à l’aide de ces moyens de diffusion.
DO : Nos plaintes à Radio-Canada ont porté fruit, car la Société a reconnu qu’il y avait un problème. Je ne peux pas dire que nous avons vu une grande amélioration, mais nous continuons à discuter avec eux pour faire avancer les choses. Soyons clairs : nous ne demandons pas à Radio-Canada d’être pro-Israёl, nous voulons seulement que l’information diffusée soit juste et impartiale.
TO : Que s’est-il passé à Hampstead?
LDN : Le conseil municipal d’Hampstead a revu une ancienne loi en vue de modifier un des règlement qui, actuellement, empêche les citoyens de faire du bruit excessif à l’occasion de Pâques, du Nouvel An, des fêtes chrétiennes et des fêtes nationales, pour y inclure les fêtes juives de Roch Hachanah et de Yom Kippour.
La sagesse, ou l’absence de sagesse dans le cas échéant, de cette loi est sujette à la discussion. L’opinion de certains membres de la communauté est partagée, mais le véritable problème réside dans la façon dont la question a été traitée par certains animateurs de radio et d’autres médias du Québec. Les politiques publiques peuvent être débattues, et même vigoureusement, mais le débat doit être fondé sur des faits, et non sur des conjectures, sur des faits inexacts ou des demi-vérités. Le débat doit être mené de façon civilisée, ce qui n’a pas été fait.
DO : Le sensationnalisme et le manque de rigueur journalistique dont nous avons été témoins avaient indubitablement pour but de provoquer l’indignation publique et la dénonciation. Des commentaires antisémites ont été tolérés sur les plates-formes Internet de plusieurs bureaux de presse, et certains animateurs de radio ont même fait appel à la population pour perturber la vie des Juifs d’Hampstead. Ce qui est le plus choquant, c’est qu’une communauté entière a été visée. C’est un problème perpétuel pour les Juifs, puisque lorsqu’un membre de la communauté dit ou fait quoi que ce soit, ce sont tous les Juifs qui portent le chapeau. Les gens ne comprennent pas qu’il peut y avoir des différences d’opinion et d’orientation au sein de la communauté.
LDN : Certains médias ont porté le public à croire que toute la communauté juive du Québec imposait des demandes radicales, extrémistes ou religieuses. Nous tentons donc maintenant, par différents moyens, de nous rapprocher de la direction des bureaux de presse et de sensibiliser les institutions appropriées pour nous assurer que les médias rapportent les événements de façon responsable.
TO : Quel message voudriez-vous transmettre au public?
DO : Nous aimerions connaître l’opinion du public. Nous voulons connaître les opinions de la communauté, de sa base et des ses organismes locaux; nous voulons savoir comment ils perçoivent ces défis. Communiquez avec nous – nous sommes là pour vous.
Pour communiquer avec le Centre consultatif des relations juives et israéliennes, on peut composer le 514 345-6411 ou écrire à fgutman@cja.ca.


[...] parue dans Tikkun Olam (octobre 2011), la publication de la Fédération [...]